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aoû 18
"Pourtant, alors que les accrochages se multiplient entre les soldats turcs et les rebelles kurdes infiltrés depuis le nord de l’Irak, des experts allemands révèlent que armes chimiques ont pu être utilisées contre les combattants du PKK."
La ville kurde de Halabja, au nord de l’Irak, dont 5 000 habitants avaient été gazés par les forces de Saddam Hussein en 1988, reste gravée dans les mémoires comme le symbole de la cruauté de l’ancien régime irakien et de l’atrocité des armes chimiques. Ce massacre avait figuré d’ailleurs au nombrer des pièces à charge pour justifier l’offensive de l’Occident plus de dix ans plus tard contre l’ancien dictateur irakien, suspecté, avec une mauvaise foi révélée d’ailleurs par la suite, de développer un programme d’armes de destruction massive. Ce sont des armes plus conventionnelles qu’a utilisées l’armée turque pour vider de leur population des milliers de localités kurdes du sud-est de l’Anatolie, durant la guerre qui l’a opposée aux rebelles du PKK, dans les années 1980-90, qui coûtera la vie à près de 40 000 personnes.
Pourtant, alors que les accrochages se multiplient entre les soldats turcs et les rebelles kurdes infiltrés depuis le nord de l’Irak, des experts allemands révèlent que armes chimiques ont pu être utilisées contre les combattants du PKK. Des photos accréditant cette hypothèse suscitent un embarras croissant au sein du gouvernement turc, tandis que des responsables politiques allemands demandent une enquête à ce sujet.
Les photographies montrent des corps mutilés et déformés par des brûlures qui pourraient être dues à des armes chimiques. Les cadavres photographiés sont difficilement identifiables, mais des militants kurdes et turcs des droits de l’homme estiment qu’il s’agit de ceux de huit membres du Parti des Travailleurs Kurdes ( PKK ), qui auraient été tués en septembre 2009. En mars, ces militants avaient donné ces photos aux membres d’un délégation allemande en charge des droits de l’homme, composée de spécialistes de la Turquie, de journalistes et de représentants du Parti de la gauche radicale allemande, « Die Linke », d’après les informations rapportées à la fin du mois de juillet par le quotidien allemand Der Spiegel. Hans Baumann, un expert allemand, a confirmé depuis l’authenticité des photos, corroborée par un rapport du département de médecine légale de l’ Hôpital universitaire de Hambourg, selon lequel il est hautement probable que les huit Kurdes soient morts "suite à l’utilisation de substances chimiques". Une suspension pour le moins embarrassante pour l’armée turque, qui violerait la Convention sur les armes chimiques ratifiée par Ankara, ainsi que pour le gouvernement turc, qui prétend apporter une réponse plus soucieuse des droits de l’homme au problème de la minorité kurde.

" Les dernières révélations sont tellement graves que la partie turque se doit d’appoter instamment une explication", a déclaré Claudia Roth, coprésidente du Parti Vert allemand, qui se demande pourquoi les résultats de l’autopsie des membres du PKK ont été gardés secrets. Elle a indiqué que la répétition d’" incidents mystérieux de ce type » soulignait l’urgence d’une enquête indépendante", en appelant la Turquie à se « prononcer officiellement sur l’utilisation possible d’armes chimiques " afin d’éviter d’avoir à répondre d’autres accusations et de dissiper les soupçons." Ruprecht Polenz , un député du Parlement allemand membre du parti de la chancelière Angela Merkel, Union chrétienne-démocrate (CDU) et président de la commission des relations étrangères, affiche les mêmes préoccupations : "La Turquie doit de toute urgence se pencher sur de telles accusations ", a-t-il fait savoir sur le site du journal Der Spiegel, ajoutant qu’une enquête internationale serait la meilleure approche.
La Turquie a été soupçonnée d’utiliser des armes chimiques pendant des années, souligne de son côté Gisela Penteker, spécialiste de la Turquie au sein de l’organisation médicale internationale pour la prévention de la guerre nucléaire . " Les populations locales n’ont cessé de porter de telles accusations, a indiqué la spécialiste, qui a reconnu qu’il était difficile de les étayer par des preuves, les corps étant le plus souvent remis trop tard par l’armée turque pour qu’il soit possible de procéder à une autopsie complète.

En Turquie, les défenseurs des droits de l’homme ont longtemps réclamé une enquête à ce sujet. L’armée a cependant refusé systématiquement de communiquer sur cette question très sensible. De même, le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan a gardé un silence absolu sur le sujet, quand il ne l’a pas désigné comme un fait de « propagande du PKK ". "Le Premier ministre turc ne se sent pas concerné par les violations des droits de l’homme », affirme Akin Birdal, un membre du Parlement turc du parti d’opposition pro-kurde BDP, qui a soulevé le problème à plusieurs reprises devant le Parlement, en prenant à parti le gouvernement de M. Erdogan sur la légalité de la guerre livrée contre les Kurdes dans le sud-est du pays. Pour M. Birdal, M. Erdogan a pour unique souci l’éradication définitive par l’armée du PKK, "par tous les moyens nécessaires".
Le ministère turc des affaires étrangères a rejeté ces accusations, selon le quotidien de Berlin Die Tageszeitung, qui a consacré un article à cette question dans son édition du jeudi 12 août. La Turquie est signataire de la Convention sur les armes chimiques, et ses forces armées ne possèdent pas d’armes biologiques ou chimiques, aurait rappelé le ministère turc dans un communiqué laconique. Le journal rapporte également qu’il a entre temps reçu des photos plus choquantes encore, de l’autopsie de six autres rebelles kurdes tués par l’armée. Ces photos ont-elles aussi été soumises aux experts basés à Hambourg.
Gari
Armenews 17/08/2010
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