Pari réussi pour les syndicats. Les grèves et les manifestations contre la réforme des retraites ont fortement mobilisé, jeudi. Plus de 200 défilés ont eu lieu dans toute la France avec des cortèges très fournis et des taux de grévistes supérieurs à ceux des journées de mobilisation précédentes

A Paris, le cortège a rassemblé 47.000 personnes selon la police, 130.000 selon les syndicats, contre 22.000 à 90.000 selon les sources le 27 mai, précédente journée de mobilisation. Le cortège s'est étiré sur près de quatre kilomètres entre la place de la République et celle de la Nation en passant par Bastille sous un soleil estival.

En fin d'après-midi, la CGT et la CFDT estimaient que l'objectif des deux millions de manifestants à travers tout le pays était atteint, tandis que le ministère de l'Intérieur comptabilisait 797.000 protestataires dans toute la France, soit le double du 27 mai.

La ministère de l'Intérieur, qui ce jour-là avait compté 395.000 manifestants au niveau national, ne donnait pas encore de chiffres jeudi en début de soirée.

"C'est une mobilisation assez forte", a reconnu le ministre du Travail Eric Woerth jeudi sur RTL, "mais c'est une réforme ambitieuse". Il a toutefois voulu minimiser l'ampleur du mouvement, "légèrement plus faible qu'en 2003, c'est-à-dire au moment de la réforme des retraites qui ne touchait pas l'âge légal".

Fort de ce résultat, le secrétaire général de la CGT Bernard Thibault a pour sa part invité Nicolas Sarkozy à ne pas mettre à l'ordre du jour du conseil des ministres du 13 juillet le projet de loi portant réforme des retraites, dont la mesure phare est le report de l'âge légal de départ de 60 à 62 ans entre 2011 et 2018.

Le Premier ministre François Fillon devrait s'exprimer sur ce dossier et sur cette mobilisation, vendredi lors d'une conférence de presse.

Jeudi, en province, où les défilés se sont échelonnés sur toute la journée entre 10h et 17h, on comptait entre 25.000 personnes selon la police et 80.000 selon les syndicats à Bordeaux, entre 19.000 et 60.000 selon les sources dans les rues de Toulouse, 16.000 à 130.000 à Marseille, 13.500 à 35.000 à Rennes, 11.000 à 25.000 à Lyon, 10.600 à 25.000 à Saint-Etienne, 9.000 à 15.000 à Roanne, 3.500 à 7.000 à Belfort, et selon la police 5.000 à Strasbourg, 1.300 à Colmar, près de 10.000 à Nancy.

Tous les chiffres étaient en hausse par rapport aux précédentes journées de manifestations organisées depuis le début de l'année.

Sur le front des grèves, dans le secteur public, le gouvernement a comptabilisé 19,35% de grévistes dans la Fonction publique d'Etat, 15,9% dans la Fonction publique territoriale, et 12,5% dans la Fonction publique hospitalière, des chiffres là aussi supérieurs aux précédentes journées.

A l'Education nationale, on comptait plus de 18% de grévistes en moyenne nationale selon le ministère. Dans les maternelles et les écoles élémentaires, le gouvernement annonçait 31,87% de grévistes parmi les enseignants, un sur deux selon les syndicats.

A la SNCF, le trafic était "conforme aux prévisions", jeudi selon la direction, avec en moyenne un Corail sur quatre en circulation, un TGV, un Transilien et un TER sur deux. La direction comptabilisait dans la matinée près de 40% de cheminots grévistes.

A la RATP, les perturbations ont été là aussi plus importantes que lors des autres journées de mobilisation sur les retraites depuis le début de l'année, avec une moyenne d'une rame de métro sur six en circulation pour la journée, prévue par la direction.

Des préavis de grève avaient aussi été déposés pour les transports urbains des grandes villes de province et côté trafic aérien, la Direction générale de l'aviation civile (DGAC) avait demandé aux compagnies aériennes de réduire les programmes de vols de 15% entre 7h et 14h, jeudi, pour les aéroports d'Orly et de Roissy.

Les syndicats doivent se réunir mardi prochain pour décider des suites, et notamment discuter de la rentrée sociale de septembre. "Nous continuerons à nous mobiliser tant que cet aspect fondamental qui structure l'ensemble des dispositions -l'abandon du droit au départ à 60 ans- est maintenu dans ce texte", a prévenu Bernard Thibault jeudi soir sur RTL.

"Et pour ce qui nous concerne", a-t-il précisé, "nous considérons qu'après la journée d'aujourd'hui, le chef de l'Etat devrait prendre la décision de ne pas mettre ce texte à l'ordre du jour du conseil des ministres le 13 juillet".

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Source : AP