C'est quoi le Newroz ?

D'où vient la fête du Newroz ?


Bonjour à tous

Nous sommes réunis ici pour célébrer la fête de Newroz, le nouvel an kurde. Vous connaissez sans doute tous cette fête, mais savez-vous vraiment quelles sont ses origines et son histoire; quelle est sa signification à notre époque ?


  Newroz a pour origine l'histoire de Kawa le Forgeron, en kurde Kawayê Hesinkar, qui s'opposa, selon la tradition, au tyran Dihak qui faisait régner la terreur sur tout le pays. Il y avait deux serpents sur les épaules du roi Dihak, et chaque jour il faisait tuer deux jeunes gens et retirait leur cervelle pour nourrir les serpents. On avait déjà ainsi pris seize fils au forgeron Kawa, et lorsque les soldats du roi vinrent prendre son dix-septième fils, il se révolta. Il marcha sur le palais de Dihak et le tua, puis il gravit la montagne et alluma un grand feu à son sommet, pour signaler à tous que le pays était libéré. C'était la naissance du Newroz.


  Depuis des millénaires, Newroz, qui signifie "nouveau jour" en kurde, est célébré par les Kurdes comme la fête la plus importante de l'année. Elle symbolise à la fois l'arrivée du printemps et le passage à une nouvelle année. Dans le passé, les festivités du Newroz duraient une semaine entière, et elles étaient aussi l'occasion pour les garçons et les filles de se rencontrer et de trouver la personne avec qui ils désiraient se marier. La fête traditionnelle du Newroz est ainsi décrite dans "Mem û Zîn", l'épopée kurde mythique d'Ehmedê Xanî composée à la fin du dix-septième siècle, où c'est à lors de la fête du Newroz que se rencontrent les deux amoureux éponymes de l'épopée.


  Depuis le début du XXème siècle et la division du Kurdistan entre quatre Etats, cependant, la fête du Newroz a pris une signification politique qu'elle ne possédait pas auparavant. Dans les quatre parties du Kurdistan, le Newroz a été interdit car il représentait le symbole le plus visible de la culture et de l'identité kurde que ces Etats souhaitaient anéantir.

 




  Ainsi, en Turquie, le Newroz a été pendant de très longues années interdit. Il est par la même occasion devenu, comme au temps de Kawa, une manifestation de la résistance kurde. En 1982, dans la tristement célèbre prison de Diyarbekir, Mazlum Dogan, un des cadres fondateurs du PKK, a célébré le Newroz symboliquement en allumant trois allumettes, puis s'est pendu pour protester la torture systématique dans la prison de Diyarbekir et la politique inique du gouvernement turc à l'égard du peuple kurde. Depuis cette date, il est connu par les Kurdes sous le nom de "Kawayê Hemdem", le Kawa moderne.


 



  Depuis le début des années 80, Newroz est toujours vécu comme le symbole de la résistance kurde, à la fois par les Kurdes, qui y scandent leurs revendications, y réclamant leur droit à la liberté et à un Etat kurde, et aussi par les Etats des pays où habitent les Kurdes, qui prennent toutes les mesures en leur pouvoir afin d'interdire le Newroz. Ainsi, en 1991 à Cîzre, la ville de Mem û Zîn et des princes du Botan, l'armée turque a ouvert le feu sur une manifestation pour le Newroz, tuant près de 100 personnes, des femmes et des enfants. Un an plus tôt, en 1990, Zekiye Akalp, une étudiante kurde, s'était jetée du haut des murs de la forteresse de Diyarbekir pour protester l'interdiction de Newroz par le gouvernement. Elle a aujourd'hui une statue à Suleymanie, au Kurdistan d'Irak.

 

  Depuis quelques années, le gouvernement turc a changé de stratégie, et a essayé de se réapproprier la fête du Newroz, poursuivant ainsi une pratique de longue date de vol et de turcisation de la culture kurde, que l'on voit notamment beaucoup en ce qui concerne la musique kurde. Les chansons kurdes sont ainsi traduites en turc avec l'objectif de faire oublier l'original kurde. En 2008, l'Etat turc a créé sa propre fête de "Nevruz", affirmant qu'il s'agit d'une fête traditionnelle turque, et même les militaires l'ont célébré ! Dans le même temps, cependant, la fête traditionnelle kurde du Newroz continuait d'être interdite sous des prétextes fallacieux : l'utilisation de la lettre 'W', interdite en turc, dans les pancartes de la manifestation. Ironiquement, ce qui illustre bien l'hypocrisie politique de l'Etat turc, c'est ce même Newroz 2008 qui a été l'un des plus violents depuis le début du XXIème siècle. On se souvient notamment des images tournées à Wan, à Sêrt ou à Hekarî, ou la police turque avait violemment attaqué les manifestants, notamment des femmes. En 2008, 2 personnes ont été tuées par la police turque au Kurdistan de Turquie, et 3 personnes ont été assassinées à Qamishlo au Kurdistan de Syrie, par l'armée du régime barbare des Baassistes.

 

  Malgré tout cela, la résistance du peuple kurde n'a pu être brisée, et ils continuent, chaque année, de  célébrer le Newroz par millions, durant toute une semaine qui culmine le 21 mars avec le grand rassemblement du Newroz à Amed, la capitale du Kurdistan. Plus d'un million de personnes viennent alors y allumer le grand feu de la résistance et de la liberté, symbole de la lutte du peuple kurde face aux ennemis fascistes. Comme Kawa avait triomphé de Dihak jadis, le peuple kurde à nouveau triomphera et tournera la page sanglante de son histoire ouverte avec le partage du Kurdistan en 1923, afin de vivre à nouveau dans la paix et la prospérité.

 

  Ainsi, Newroz signifie la nouvelle année, mais aussi le nouveau printemps du peuple kurde, l'arrivée d'une nouvelle époque de liberté face à l'oppression.

 

Nous vous souhaitons à tous une très bonne fête de Newroz 2010.

 
L'association Arjîn