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 « C'est déjà bien d'être vivants, d'autres sont morts en Syrie »
Proposé par Azad le Mardi 26 janvier 2010
"En Syrie, il n'y a que devant le dentiste que l'on peut ouvrir la
bouche"
Dans le petit hôtel de Belsunce, une table avec quelques jus de fruit et
des madeleines a été installée pour les nouveaux arrivants. Depuis leur
sortie du centre de rétention, dimanche soir, c'est ici qu'ont été
logés cinq couples de réfugiés kurdes avec leurs enfants, dix au total,
le plus jeune n'ayant que neuf mois.
Tous faisaient partie du groupe de 123 réfugiés découverts vendredi
sur une plage de Corse. Fatiguées mais soulagées, après un passage au
centre de rétention, ces familles attendent désormais de pouvoir faire
leur demande d'asile. « On les trouve assez confiants, ce sont des
jeunes qui savent pourquoi ils sont partis », souligne Jean-Pierre
Cavalié, délégué régional de la Cimade, l'une des associations qui les
aident dans leurs démarches.
Hussein respire un peu. A 32 ans, il a embarqué sa femme et ses quatre
enfants, âgés de 2 à 10 ans, pour une traversée éprouvante de treize
jours pour atteindre la Corse. « On a passé deux jours sur la plage,
mais on avait faim, explique-t-il. On a alors cherché un chemin pour
arriver jusqu'en ville et on a fini par trouver une route d'asphalte.
Là, la police nous a récupérés. » Sans regret. « C'est déjà bien d'être
vivants. D'autres sont morts en Syrie. »
Pas de papiers d'identité, pas de sécurité sociale, pas de possibilité
de travailler : pour Chergo, 32 ans, lui aussi arrivé vendredi, il
devenait impossible de vivre en Syrie. « J'ai essayé de suivre la fac de
droit pendant deux ans, mais j'ai abandonné. De toute façon, je
n'aurais pas pu travailler avec mon diplôme », raconte ce trentenaire
originaire de Dirik, un petit bourg près de Kamichli, au nord-est de la
Syrie. Après des emplois dans la maçonnerie puis dans la restauration à
Damas, où il a appris l'anglais, la situation était devenue intenable. « Lorsque le fils de l'ancien président [Hafez el-Assad] a pris le
pouvoir en 2000, on a cru que les choses allaient changer pour les
Kurdes. Mais cela a été pire, assure-t-il. On a même plus le droit
d'acheter un appartement ou de célébrer nos fêtes. » Alors, Chergo a
décidé de fuir avec sa femme et ses deux enfants de 6 ans et 11 mois.
Pour cela, il a payé « environ 30 000 dollars ». Après un voyage en
avion depuis le Liban jusqu'en Tunisie à l'aide de faux papiers, ils ont
embarqué en bateau un mois et demi plus tard pour un périple qui les a
menés jusqu'en Corse. « Je vais demander l'asile en France et j'espère
que cela va être accepté, poursuit-il. Pour la première fois de ma vie,
je peux parler comme je veux. En Syrie, il n'y a que devant le dentiste
que l'on peut ouvrir la bouche. Que la France me donne juste une petite
tente et un matelas pour mes enfants. Mais déjà, aujourd'hui, je sens
que je suis un homme libre. »
Source : 20minutes - Stéphanie Harounyan
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