Bénéficiant d’une forte majorité au parlement, le gouvernement actuel semblerait être doté d’un courage exceptionnel. Non seulement, il ose défier le pouvoir militaire mais en plus il s’attaque à la question kurde, un tabou qui hante encore la société turque.
En vue d’une résolution pacifique du problème kurde, le gouvernement de l’AKP met en place certaines réformes telles que le lancement d’une chaine en langue kurde, l’autorisation de l’enseignement de la langue kurde dans le privé…
En parallèle de ces réformes démocratiques, l’AKP mène un véritable travail « d’épuration politique ». L’objectif est d’empêcher les Kurdes de se mobiliser autour d’une force politique kurde.
Après des décennies d’oppression, les Kurdes ont su s’organiser politiquement en vue de revendiquer leurs droits par des moyens pacifiques. Une telle mobilisation a donné lieu à l’émergence d’un parti politique kurde.
Cependant, les autorités turques ne tolèrent aucunement l’existence d’une quelconque organisation politique kurde. L’illustration de cette intolérance est la dissolution récente du parti kurde, DTP. Ne supportant plus le poids politique des députés kurdes au parlement turc, la cour constitutionnelle turque a interdit à deux députés kurdes dont Ahmet Turk, une figure politique kurde très respectée, d’exercer toute activité politique pendant cinq ans. Ainsi, le gouvernement espérait voir la dissolution du groupe parlementaire kurde mais un député de gauche, Ufuk Uras, a accepté d’adhérer au nouveau parti kurde, BDP (Parti de la paix et de la démocratie) pour que le groupe soit maintenu.
L’intolérance du gouvernement de l’AKP envers les acteurs politiques kurdes a finalement débouché sur des arrestations massives qui continuent encore. Ces opérations visent essentiellement à décapiter au niveau local la mobilisation politique. En effet, de nombreux maires et présidents d’associations ont été arrêtés dans des conditions qui rappellent les perquisitions nazies.
Le gouvernement turc doit faire face à la politisation des Kurdes qui continue à prendre une ampleur considérable. En se politisant progressivement, le peuple kurde exige de nouveaux droits, ce qui met en péril l’unité nationale.
L’AKP souhaite dépolitiser les Kurdes pour mettre un terme à leurs revendications croissantes. En emprisonnant leurs représentants, il est plus facile d’affaiblir leur conscience politique et de les obliger à revoir à la baisse leurs revendications.
Yigit Weysel